Les oeuvres japonaises traitant de la destuction de la ville/mégalopole ou même du pays sont nombreuses. Elles s'intéressent habituellement aux conséquences des évènements, soit sur le destin des personnages (Dragon head, L'école emportée, ...), soit sur les modifications que subit la société dans laquelle les personnages évolus (Akira, Eden, Spirit of the sun, La submersion du Japon ...).
Le manga Jacaranda, de Kotobuki, porte sur ce thème un regard original. Décrivant la destruction de Tôkyô par une mystérieuse plante à la croissance plus que spectaculaire, l'auteur ne met pas en scène le destin des tokoïtes ou de leur ville, mais bien la destruction elle même, avec le Jacaranda comme personnage principal, orchestrée dans un crescendo infernal. Il le dit d'ailleurs dans l'interview publiée dans l'édition française :
« Pour Jacaranda j'ai pensé à quelque chose de musical. J'ai donc constamment enchaîné les cases, sans changer de rythme mais en les accompagnant de sons graves, provoqués par des scènes de destruction, ou de sons aigus, que sont les cris des gens. La stucture de ce manga est extrêmement simple : une journée ordinaire, l'amorce de la destruction, son intensification, et, enfin, l'aube, qui surgit dans le silence. C'est la forme d'une symphonie, composée en quatre mouvements »
Cette absence de caractères humains dans le récit, rend la destruction décrite encore plus froide et violente : nous nous retrouvons directement face à la destruction, et rien d'autre.
L'auteur apporte bien sûre d'autres éléments à la mise en scène de cette apocalypse. A travers des bribes de quotidiens d'habitants de la mégalopole, juste avant la catastrophe, l'auteur nous donne à voir quelques aspects de cette société sur le point de basculer dans l'horreur : l'indifférence des uns envers les autres, la consommation maladive et la publicité outrancière, des informations télévisées vides de sens, etc.. Une manière de présenter le cadre de l'histoire qui éclaire sur le regard que l'auteur porte sur sa propre société.
Le graphisme faussement maladroit de Kotobuki crée cette étrange ambiance de malaise qui saisie dès les premières cases. Les dessins semblent déformés par les cris des personnages eux-mêmes, tant le trait semble s'altérer à mesure que la tension monte. Le graphisme joue ici un rôle important pour décrire la tension dramatique du récit, de l'infra-narration en quelque sorte. Une mise à contribution qui permet de désamorcer la critique du dessin soit disant « mal fait » de cet auteur, car c'est dans cette interprétation de la réalité que réside tout l'intérêt de son trait.
Un manga à découvrir pour son graphisme et l'approche de son thème.
L'article de Xavier Guilbert sur du9.
Dans la production japonaise, il fait parti de ces auteurs au graphisme immédiatement reconnaissable. Son goût pour Bilal, Moebius ou encore Prado jouant certainement dans ce sens. Son graphisme au trait tremblant et aux perspectives étranges, sert des histoires au ton poétique, mettant en scène des personnages qui portent sur le monde qui les entoure, des regards parfois scyzophrènes, mais toujours sensibles.
Cet hiver, son actualité au Japon porte sur deux titres :
A la fin décembre 2006 est sortit au cinéma l'adaptation en dessin animé de son manga "Tekkon kinkurito" (publié en France en 1996 par Tonkam sous le titre "Amer béton"), réalisé par Michael Arias au sein du studio 4°C.
Mais ce qui m'intéresse plus particulièrement aujourd'hui, c'est son nouveau titre sortit le 7 janvier dans les librairies, aux éditions Shogakukan : « Takemitsuzamurai ».
L'histoire évoque un Japon mystique, où le monde des esprits n'est séparé de celui des humains que par un mince voile, que la tension du combat ou la tombé de la nuit suffisent à soulever.
Le titre et le sous-titre ("His sword must be bamboo") évoquent la lame d'un étrange samurai qui semble entretenir une relation privilégié avec ce monde invisible, que l'on constate lors de rencontres nocturnes étranges, ou quand il s'entretient avec deux chats, eux aussi acteurs de cette étrange histoire.
Je ne saurais donner plus d'explications sans commettre d'erreurs, ma lecture du japonais étant encore trop laborieuse pour me permettre de plonger dans cette histoire, que je devine toutefois passionnante.
Dans ce nouveau titre, Matsumoto utilise un trait simplifié mais très expressif qui rappel le travail de Yuasa Masâki, lui aussi adepte des perspectives étranges (visible ici ou là , un montage vidéo de ses divers travaux). Il ne se soucie pas de respecter les dogmes de dessins, imposant respect des proportions et de la perspective. Il en prend le contrepied pour laisser vivre son trait, arrivant ainsi à quelque chose de beaucoup plus personnel. Il pose ses propres règles, et alors, recherche peut-être par là, à retranscrire sur papier plus que la simple apparence des choses. A nous faire ressentir le mouvement ou appuyer la psychologie des personnages, à l'exemple des tronches des mauvais personnages, ou des yeux du héros qui évoque le regard du dieu Inari.
Un auteur et un livre à découvrir donc, ne serait-ce que pour explorer les voies originales que sait proposer la bande dessinée japonaise, mais aussi pour constater, une fois de plus, l'habileté avec laquelle les auteurs, à travers leurs histoires, savent faire vivre la culture de leur archipel.
Le voyage est une bonne occasion de lire, au même titre que les transports en communs, le farniente sur la plage, les insomnies ou les séances détentes chez ouatère clozette ... ouatère pour les intimes. C’est pourquoi il m’est venu l’idée de profiter au maximum de mes 30 kilos de bagages autorisés, en comblant les vides de mes sacs avec des bouquins. Le problème c’est que maintenant je me sens obligé de lire tous ces parallélépipèdes feuillus ! Durant mon séjour je serais accompagné de Kundera, Orwell, Atkinson, Prévert, King, Giono, Ryû Murakami, Mishima, et quelques autres passagers clandestins sur le vol qui me mèneras vers le Japon. J'aurais donc l'occasion de vous parler de ces livres tout au long de mon séjour, et pourquoi pas de vous donner des envies de lectures.
A très bientôt
"La pollution au Japon est telle, que les japonais doivent porter des masques de protection", "Les japonais vivent dans des appartements minuscules", "Les japonais sont petits", "Alors, c'était bien la Chine ?" (sic) ... voici le début de la longue liste des préjugés colportés de longue date en occident.
La lecture faisant partie des bons moyens de combler son ignorance, le livre "L'apprenti japonais" de Frédéric Boilet (éditions Les impressions nouvelles 2006) est fortement recommandé pour combattre la sclérose du cerveau. Frédéric Boilet est déjà l'auteur de plusieurs bandes dessinées ayant pour cadre le Japon, pays dans lequel il partit en voyage en 1992 et qu'il ne quitta plus que ponctuellement depuis lors. Après 15 années passées à vivre parmi les japonais, son constat fût le suivant :
"Je n'ai pas fait le Japon.[...]je suis au Japon sans y avoir rien vu. Je ne me suis jamais offert les services d'une geisha et n'ai croisé aucun samuraï, je n'ai pas assisté à la parade du mariage princier et l'extrème droite nippone a négligé de m'insulter, je n'ai pas visité le temple d'or de Kyôto et ne me suis pas plus approché des cerfs de Nara, je n'ai passé aucune nuit dans un hôtel capsule ni aperçu aucun pousseur dans le métro de Tôkyô, mais il y a pire, l'incompréhensible, l'inexcusable négligence, j'ose à peine l'avouer : je suis au Japon sans avoir vu le mont Fuji !
Que vont penser mes anciens amis de Nancy, eux qui parvenaient, chaque été et avec quel brio, à visiter toutes les choses indispensables d'un pays, en un mot à le "faire". Ainsi Michel qui, en juillet 1987, avait fait la Thaïlande, ou ce vieux Roger, à qui il n'avait pas fallu plus de trois semaines pour faire la Chine !
Voilà bien un souvenir, celui de mes chers amis, qui m'invite à l'humilité, peut-ête au regret : non, décidément, je n'ai pas fait le Japon."
Un livre très instructif, qui nous en apprend donc un peu plus sur le Japon en évitant de tomber dans les belles images de carte postale, qui nous parle des japonais tout simplement. Sa lecture nécessite bien sûre un certain recul : de part la sincérité avec laquelle il exprime son point de vue, il met parfois de côté son objectivité.
A très bientôt
